MAISONS-MACHINES DE GUERRE


POÈME-REPORTAGE
Juan Palao








L'architecture urbaine au Maroc est explicitement «machinique».












La misère est fragile et résiliente. 







La pauvreté est féminine et courageuse.









À croire qu’un rythme pourrait nous libérer de notre attachement à une culture centrale et formatée, pour réveiller en nous des sensations inédites.







Et ces chemins qui mènent aux quartiers, mal éclairés, la nuit.





Mais le marxisme comme science sociale, comme théorie des rapports matériels, peut nous aider à regarder des clichés de la société marocaine et les expliquer.





Les classes sociales, par exemple :



La « classe moyenne » et ses contradictions :










Les fameuses aspirations d’une « classe moyenne »,





de couches de la population,
de familles,
de secteurs plus ou moins aisés,
qui peuvent épargner ou plutôt s’endetter,
pour prospérer,
et participer dans le développement et la croissance de l’économie et de l’immobilier :








Avec toutes ses conséquences :






Prévisibles et imprévisibles!




Nouveautés de la vie et du destin de chacun(e)






Mais les classes sociales ne vivent pas en paix.
Les puissants sont peu nombreux et très puissants.
Et ils ont des classes subalternes à leur service
contre les classes sociales exploitées, la majorité des gens. Mais il faut bien vivre.
Il faut des logements.





Des « logements sociaux ».




Pour se faire une idée, des milliers de « logements sociaux » sont construits tous les ans au Maroc depuis le début du 21e siècle.

Des millions de « logements sociaux » ont été construits partout dans le monde depuis le début du 21e siècle.




Mais « pas que ».









On a construit aussi des logements plus modestes.





Des foyers de résistance face à la pluie et le mauvais temps extérieur, surtout la nuit, la froideur des rues, les dangers, le besoin d’une intimité et une cuisine, un espace privé.





Et, il faut le reconnaître, sans misérabilisme : le rythme de la disposition et l’agencement des maisons est évident.












Ces bidonvilles sont parfois détruits, pour des plans de relogement qui vont perpétuer le cycle : construction, déterioration, destruction, reconstruction.

Et la vie des familles s’inscrit dans ce cycle, comme une fatalité.
Enfants des maisons-machines de guerre.
Maisons-machines de guerre d’une lutte de classes.
Un devenir, forcément, révolutionnaire.

Un devenir-résistance.
Un boulevard de la résistance.



J.P., 17 mai 2019